« Le journaliste ne connaît pas d’introduction mais des attaques, il ignore les conclusions auquel il préfère les chutes »

Le journaliste de demain sera multimédia ou ne sera pas. Derrière ce vocable barbare, une réalité somme toute assez simple. Dans sa carrière le futur journaliste tâtera successivement ou concurremment de la radio, de la presse écrite, de la télévision, voire de la télématique ou de tout autre média que l’imagination humaine inventera. Cette situation ne relève pas de la science fiction mais d’un constat. On ne peut plus se considérer aujourd’hui comme un journaliste qui travaillera toute sa vie dans la presse écrite par exemple. Est-ce à dire que demain le reporter multimédia va partir en mission avec son ordinateur portable, son appareil photo sa caméra, son magnétophone ?
Certainement pas ! L’homme orchestre existe dans les cirques, pas dans les rédactions. Mais comment peut-on sérieusement envisager d’envoyer un reporter au fin fond de l’Afrique, en lui adjoignant un photographe, un reporter radio et une équipe de télévision ?  Nécessairement les grands groupes vont essayer de rentabiliser leurs dépenses. Quant aux pigistes, il y a belle lurette, qu’ils ont compris l’intérêt d’exploiter les frais qu’ils ont engagés pour mettre sur pied leur reportage en vendant des articles avec des photos, voire une cassette vidéo ou une bande sonore.
Le danger dans ce domaine comme en d’autres c’est la systématisation. A vouloir tout faire en même temps, on risque de ne rien faire correctement. Polyvalent, le journaliste l’est par nature. Mais très bientôt, la polyvalence se limitera pas aux sujets traités et s’appliquera aux modes de traitement. Un journaliste multimédia revenant de reportage doit traiter son sujet en fonction des différents médias auxquels il sera amené à collaborer dans sa carrière. Un article de presse écrite sera rédigé différemment pour un site internet ; certains sujets donneront lieu à un traitement en presse écrite et en télévision, etc…
Une grande enquête de presse écrite, qui nécessite un grand investissement en temps, pourra utilement être prolongée par une série télévisée (par exemple : 90 Minutes sur Canal Plus). Les nouvelles techniques qui révolutionnent la presse aujourd’hui permettront d’aller plus vite, plus loin dans l’investigation et le traitement de l’information. Le journaliste free lance travaille  désormais chez lui, mais en liaison directe avec sa rédaction, ses services de documentation et les banques de données du monde entier.
Tout devient possible à condition de ne pas confondre le rôle du journaliste avec celui d’informaticien, d’ingénieur ou de documentaliste. Il ne doit pas se prendre pour un aventurier, un policier ou un directeur de conscience.
Le journaliste est un désillusionneur, d’où l’intérêt de ne pas entretenir d’illusions sur son propre métier !